Henri Ughetto

 

Henri Ughetto  (1941-2011) : Né en 1941 à Lyon (France) et décédé en janvier 2011 à Bron (France). J’ai peint 33.730.000 gouttes de sang depuis 1970 ; pas comptées de 1965 à 1970.  Il commence à travailler dès ses 14 ans et expose à 16 ans. Déclaré mort clinique en 1963, Ughetto est un miraculé. Dès sa jeunesse, passionné de théâtre, il montre de l’intérêt pour les mannequins de couture, qu’il emploie comme support artistique. A partir de 1970, ses ‘Mannequins imputrescibles’ et ses parties de corps, ventres et seins, sont couverts de « gouttes de sang », dont il tiendra une comptabilité rigoureuse. Des artistes dits marginaux l’entourent, acteurs-actrices de performances et d’installations que photographie FélixPhotoBaroc. Avec Richard Meier il a réalisé de superbes livres. Travailleur acharné et collectionneur invétéré, avec son épouse Dominique Ughetto qui prépare une biographie, il a créé son musée. Son œuvre réunit baroque débridé et concept monomaniaque ce qui le rapproche d’artistes et de personnalités comme le Facteur Cheval, Philippe Dereux ou Roman Opalka. Henri Ughetto exposé lors de multiples manifestations internationales, est montré ‘A l’Enseigne des Oudin’ depuis le début des années 1990.

« J’ai fait mon premier mannequin en 1945 âgé de 4 ans. C’était un mannequin de ma mère, couturière, sur lequel j’ai dessiné une dame avec des craies de couleur. J’ai réutilisé ce mannequin 20 ans après. Pendant 10 ans, j’ai peint, sculpté des œuvres où je me reconnais parfois (œufs et gouttes de sang peints en 1989-1960). Après une trépanation en 1963, je suis déclaré « mort clinique », je reste dans le coma pendant un mois, un an d’amnésie avec un état délirant. J’ai fait mon deuxième mannequin en 1965 à 24 ans. Les premiers mannequins, peints en rose, étaient couverts de grosses gouttes de sang et d’objets de récupération, outils, poupées, crucifix, fleurs de cimetières… Ils étaient très agressifs et inesthétiques. Je peins les gouttes avec un rituel aidé par la comptabilité. Elle agit comme un métronome. Les gouttes fleurissent en étoiles pétales autour de centres : bout d’œuf ou téton du sein. Je m’arrête au nombre convenu, il m’est indispensable de compter les gouttes pour plusieurs raisons. 1 — pour m’encourager comme le facteur cheval comptant les 200 000 cailloux de son palais, 2 — pour donner un rythme à l’acte de peindre, 3 — pour faire le vide autour de moi et de mon acte, 4 — pour me donner un chiffre, but à atteindre ou des limites à dépasser. »
Extrait de Que vive la mort de Henri Ughetto